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Un matin le long du Gange

Une promenade photographique sur la rive Est du “Gange à tout faire”

Je me suis levé aux aurores, car la baignade matinale de toilette et de purification des hindous commence dès les premières lueurs du soleil sur la rive Est du Gange à Varanasi. Aussi appelée Benares, cette ville est chargée d’histoire. Elle est un lieu saint de deux religions. Pour les bouddhistes, elle est la ville où Siddharatha connu sous le nom de Bouddha, “reçu” l’illumination. Pour les hindouistes, majoritaires en Inde, elle est le lieu où il faut mourir ou être incinéré pour arrêter le cercle des réincarnations. Les crémations ont lieu jour et nuit sur cette rive du Gange. Les cendres ou les restes des corps mal brûlés sont jetés dans le fleuve. Il n’est pas rare d’y voir flotter des morceaux de corps humains. Et pourtant à quelques dizaines de mètre en aval de ces lieux de crémation, les gens viennent y faire leur toilette, se brosser les dents, faire des gargarismes, leur lessive, leur vaisselle ou remplir des seaux pour la cuisine. Malgré les efforts du nouveau gouvernement en matière d’écologie, le Gange reste un des fleuves les plus pollués de la planète. On peut néanmoins apercevoir de nombreux poissons nager au milieu des ordures qui flottent. Les plus chanceux auront la chance de voir des dauphins d’eau douce. Le système immunitaire des indiens est incroyable. Je n’y tremperai pas un orteil et pourtant j’ai été arrosé de plusieurs litres de cette eau lors du Holi Festival, la fête des couleurs. Lors de cette fête à Varanasi, les indiens, principalement de jeunes hommes (car rappelons il y a une femme pour trois hommes en Inde), jettent de la peinture sur les gens sous forme de poudre ou mélangée à de l’eau, l’eau du Gange. Cette eau serait bénie et purificatrice car le Gange tiendrait sa source des cheveux de Shiva l’un des milliers de dieux hindous.

J’étais parti en Inde pour les besoins d’un reportage. Pour faire d’une pierre deux coups, voir trois coups, nous avions convenu, avec Kevin filmmaker du blog de voyage La Face Du Monde de collaborer pour la réalisation d’un de ses clips. Clip touristique sur l’Inde auquel je collaborerai en tant que filmeur/cadreur. En effet, mes plans viendront compléter les siens et il s’occupera du montage. A l’heure où j’écris ces lignes sa vidéo n’est pas encore sortie. Sa sortie fera l’objet d’un nouveau post ici même sur ce blog. Pour ma part, je sortirai aussi, d’ici peu sur ma chaîne Youtube et ma page Facebook un reportage au format vlog. Veillez bien à me suivre en vous abonnant à mes contenus sur ces deux réseaux sociaux, s’il vous plaît.

Même si ce reportage photo peut faire penser que l’Inde et particulièrement Varanasi est un endroit merveilleux, idyllique et irradié de soleil, à part pour le dernier il n’en est rien. L’Inde est un pays compliqué, brouillon, sale et extrêmement pollué où l’on perd facilement et rapidement ses repères d’occidental. Pour ma part, le pays m’a choqué plus qu’il ne m’a séduit. Au risque de m’attirer les foudres de certains, je dirai que mes premières impressions sur place et celles qui me restent en tête après mon retour sont celles induites par les odeurs nauséabondes et le bruit permanent. Quand on arrive en Inde, on a “mal à la planète”. Très peu d’Indiens se soucient de l’écologie. Pire, on a l’impression qu’ils oeuvrent chacun à la destruction de la planète. A Varanasi, comme dans le reste de l’Inde, les déchets jonchent le sol, flottent dans les caniveaux. Les ruelles et les gates sentent l’urine séchée au soleil. Il y a très peu de poubelles, ici on jette ses déchets où on se trouve. Il faut faire attention où l’on met les pieds, les vaches et les humains font leur besoin où ils sont en pleine rue. Varanasi c’est un peu l’image que je me fais du moyen-âge. Cela n’enlève rien à la gentillesse de la nouvelle génération d’indiens avec qui les relations sont très cordiales. Ici les gens et particulièrement les jeunes sont très avenants. Ils ont souvent un mot sympa juste pour le plaisir d’échanger quelques banalités. Je me suis même fait un ami, Sono. Sono ou plutôt Sunil fait partie de la caste supérieure, celle des brahmanes. Il est prêtre, un prêtre moderne, marié. Avant d’être prêtre il était ingénieur chez Nestlé jusqu’à ce qu’un accident de travail et un dédain de la part de la compagnie qui l’employait lui firent changer de vie. Nous l’avons rencontré par hasard dans un restaurant, nous avons tout de suite sympathisé avec lui. Son anglais était très bon, ce qui a facilité nos échanges. Nous lui avons demandé s’il était d’accord de jouer le traducteur anglais/hindi pour mes interviews du lendemain. Ce qu’il a tout de suite accepté. Nous lui avons proposé de le payer mais il s’est senti offusqué et nous avons eu l’impression de l’avoir insulté. Sono fut notre fixeur (guide et interprète) pendant trois jours. Et je l’en remercie.

Même si les indiens sont très à l’aise avec la caméra et que nous n’avons essuyé que très peu de refus, filmer et prendre des photos en Inde n’est pas une chose aisée. Il faut savoir composer avec une foule omniprésente, pressante, oppressante et avec une circulation aux règles incompréhensibles, voir sans règles. A Varanasi, on doit avoir l’oeil partout car un deux roues peut surgir de nulle part. On risque aussi sa vie à chaque fois que l’on traverse une rue. Il n’y a pas de trottoirs. La poussière vole et la pollution de l’air est suffocante. Seuls les gates qui longent le Gange offrent un peu de répit. C’est une sorte de bulle de calme et de paix où malgré les odeurs il fait bon flâner au levé du soleil. On y croise des baigneurs, promeneurs et des babas. Les babas ou sadhous sont plus nombreux lors du Holi Festival. Ils descendent des montagnes et viennent squatter les rives du Ganges à Varanasi. Certains vivent sous des tentes de fortune montées ici et là à l’aide bâches plastiques et de bâtons. D’autres vivent dans des sortes de presbytères qui surplombent le Gange. Les nagas ou babas nus dorment à même le sol. Ils enduisent leurs corps de la cendre froide des feux qu’ils allument le soir pour se réchauffer. Peu importe leur style, les sadhous vivent grâce aux bénédictions qu’ils font aux croyants qui viennent parfois de loin pour les voir. Certains sont même de très bons communicants. Ils ont de grands panneaux et de grandes bâches faisant office d’enseignes et ventant leurs compétences et leurs prouesses, notamment celles qui réalisent grâce à … leur pénis. En effet, certains “naked babas” sont des professionnels du “zizi-coptère” ou du soulèvement de parpaing avec leur appareil génital. Mais dans la religion hindou c’est une chose tout à fait normal et ces “hommes saints” sont très respectés. Certains babas vivent de leur image et n’hésitent pas à interpeller les touristes en leur proposant un selfie ou un portrait d’eux mêmes pour 100 roupies (1,20€ environ). Une somme dérisoire que j’ai payé pour chaque portrait. Et il faut avouer qu’ils sont de très bonne composition et se plient volontiers aux demandes ou aux exigences des photographes les plus pointilleux qui savent ce qu’ils veulent comme image. J’ai donc pu leur demander de se placer où je voulais. Mais il ne faut pas croire que tous sont aussi sympas et abordables que ceux que j’ai eu la chance de photographier. Les plus célèbres d’entre eux, ou du moins les plus photographiés, en ont fait un business juteux et demandent parfois une centaine de dollars pour quelques clichés. C’est le cas du babas qui possède un bateau et que l’ont peut trouver sur Google Images.

Bien évidemment, mon escapade indienne ne s’est pas limitée à Varanasi. Mais je garde cela pour un prochain post.

Malgré ses délicieux chaïs massala, ses naans au fromage, ses chicken butter et autres plats épicés et gras mais si succulents, l’Inde a gravé en moi un sentiment de “No futur”, l’impression qu’il n’y a plus d’espoir pour la planète … que la terre est fichue. Et ces questionnements : Comment font-ils pour survivre ? Quel est le secret du système immunitaire indien ?

 

 

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