Août
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Le vieux Bangkok et ses temples

Il devait être environ 21h quand mon chauffeur me déposa sur Khaosan Road. La rue avait completement changé. Des bars jouaient de l’électro très fort tandis que d’autres, à la décoration très rastafari, passaient du reggae. Les rabbateurs étaient toujours en place et de nouveaux stands mobiles de cuisine avaient fait leur apparition. Plus loin dans le prolongement de Ramboutree, les rangées de tables des restaurants débordaient sur la rue piétonne que des lampions rouges illuminaient. Une armée de masseuses s’affairaient à triturer les pieds des touristes allongés sur des transats. Plus loin, il y avait un combi Volkswagen au look d’enfer, transformé en bar mobile, bardé de néons et dont le toît était découpé et escamotable pour que le barman puisse s’y tenir debout. J’adore le vintage – Diantre, suis-je victime de la mode ou bien ai-je une réelle sympathie pour la décroissance ?! Ce combi servait entre autres des buckets de vodka. Attiré par ses lumières, j’en ai commandé une – Je suis une victime de la mode. Ce cocktail n’était en réalité qu’une eau aromatisée à l’orange avec deux gouttes de vodka premier prix coupée elle aussi avec de grands volumes d’eau. Ce sceau en plastique avait au moins le mérite de contenir des glaçons et une paille phosphorescente. Mais alors, d’où pouvaient bien venir les touristes britanniques saouls comme des cochons qui se tenaient à côté de moi à 21h30 devant le minivan illuminés de néons super kitchs de Ramboutree Road dans le vieux Bangkok ? J’ai alors scruté le sol pour tenter de trouver une piste de flaques de vomits à remonter. C’est bien connu, le touriste anglais joue souvent au petit poucet. Mais ces deux là avaient du serrer les dents. La soirée s’est finalement terminée très tôt car aussi surprenant que cela puisse être, le quartier de Khaosan Road commence à se vider dès 23h. Je n’avais que 200 mètres à faire ppur rentrer au Nakornping, mon hôtel. Sur le retour, je me suis arrêté chez Palek, un petit stand de pad thaï tenu par une vieille dame, Mme Palek. Je n’avais jamais goûté ce plat qui est une des spécialités du pays. On ne peut pas vraiment donner d’âge à Madame Palek, mais elle est très agée. Elle cuisine inlassablement, tous les soirs, dans sa petite guéritte sur roues dont le toît n’est qu’une bache bleue. Son stand est juste devant sa maison. Et les grandes portes ouvertes laissent appercevoir un salon qui sert de chambre. Madame Palek travaille avec son fils qui assure le service. Il est lui un personnage atypique et fort sympathique. C’est un petit monsieur rondouillard qui porte toujours un tablier de cuisinier sur son torse nu. À ce jour, et après plusieurs années en Thaïlande, je n’ai jamais mangé de meilleur pad thaï que celui de Madame Palek. Le pad taï est à 40thb, soit 1€ le plat. En face, se trouve un délicieux barbecue de poissons et fruits de mer dans lequel, je suis revenu mangé maintes fois aussi. Le quartier de Samsen Road dans lequel sont situés ces restaurants ainsi que le Nakornping Hôtel, est calme et très agréable. Il est situé dans le vieux Bangkok. Bien qu m’il jouxte Khaosan Road, l’ambiance qui y règne est radicalement différente. J’adore le vieux Bangkok avec ses restaurants, ses ruelles, ses vieux bâtiments. Hors Khaosan Road, il règne une atmosphère apaisante, les gens ont le sourire, les prix redeviennent normaux et les touristes se font rares. Il faut reconnaître qu’en dehors de l’oppression permanente des rabatteurs en tous genre et des beuveries bruyantes à l’anglosaxonne uniquement concentrés sur sa rue principale, arriver en Thaïlande par Khaosan confère bien des avantages. D’abord parce que Khaosan Road est un point de départ pour les lignes de transport emmenant les touristes aux quatre coins du pays (koh Tao, Phuket, Krabi …), ensuite parce qu’on y trouve une concentration importante de guesthouses. Il y a tellement de choix disponible qu’il n’est pas obligatoire d’effectuer une réservation avant d’y arriver, si le luxe n’est pas une priorité. C’est dans ce vieux quartier et toute sa zone que se trouvent les plus beaux et les plus anciens monuments de Bangkok du plus populaire le Grand Palais, qui se trouve à 10 minutes à pieds de Khaosan Road, au plus ancien Wat Suthat à 10 minutes lui aussi mais dans l’autre direction. La construction du temple Suthat (car wat veut dire temple) fut achevée en 1847 sous le reigne de Rama III. Le monument est botamment connu pour ce qu’il reste de ce qui servait jadis d’immense balançoire rouge à laquelle était suspendu un tout aussi grand rondin sur lequel montaient plusieurs jeunes hommes. Ce tronc était balancé d’un côté à l’autre à plusieurs mètres du sol et le jeu consistait alors à tenir le plus longtemps possible, tout en rattrapant des pièces jetées par la cour. Le jeu fut arrêté quelques décennies plus tard car jugé trop dangereux. De cette terrible attraction, il ne reste plus que le portique rouge qui trône au milieu de la rue devant l’entrée du temple. Une autre particularité de ce temple est sans nul doute son couloir qui fait tout le tour de la pagode et qui est horné de plusieurs dizaines de bouddhas dorés et alignés les uns aux autres. Les mûrs intérieurs du temple sont entièrement recouverts de peintures racontant plusieurs histoires bouddhistes. Au fond de la salle, trône un bouddha géant. Non loin de Wat Suthat, l’ascension du Golden Temple offre aux courageux une vue panoramique sur les toîts de Bangkok. Il ne faut qu’une dizaine de minutes pour rejoindre ce monument depuis Khaosan en longeant Rajdanamnoen Avenue où se trouve le Democraty Monument. C’est ici quelques mois plus tard, sous mes fenêtres, que s’est déroulé la révolution des chemises jaunes qui avait renversé le gouvernement corrompu de la première ministre Shinuwatra. Ceci donnera lieu à un prochain article.

Express Boat, une balade hors du temps

Bangkok est à l’origine une ville d’eau parcourue par de nombreux canaux nommés Klongs. La plupart d’entre eux sont connectés au Chaopraya, le fleuve qui coupe Bangkok en deux pour se jeter dans la mer quelques kilomètres plus au sud. L’urbanisation en a aussi isolé d’autres qui débordent et inondent la ville à la saison des pluies. Aussi surprenant que cela puisse être, à ce jours, ces klongs restent les uniques accès à certains quartiers de la mégalopole siamoise. C’est aussi quand cela le permet, un moyen économique d’échapper aux embouteillages monstrueux qui étouffent la ville à certaines heures. À Bangkok, il faut souvent être débrouillard et patient pour se rendre économiquement d’un point A à un point B. Il n’est par rare de devoir jongler entre le taxi, le BTS ou Skytrain qui circule en hauteur sur une partie de la ville, le bus et l’Express Boat. Prendre le bus ou l’Express Boat à Bangkok, c’est comme remonter le temps. Et la balade sur les klongs vaut vraiment le coup et le coût. C’est un moyen rapide et plaisant de rendre dans les différentes zones commerciales de la ville au départ de Rajdanamnoen, juste avant le Golden Temple, quand on vient de Khaosan Road. J’ai souvent embarqué sur ces longs et vieux rafiots de bois. La promenade fait perdre toute notion du temps et permet au passager occidental de découvrir Bangkok sous un autre jour. C’est ce qui m’avait permis, dès mes premiers jours au pays du sourire, de m’apercevoir de la fracture sociale dont était victime une partie de la population. La première fois que je suis monté à bord de ce transport en commun, nous étions une quarantaine de personnes entassées, étudiants, travailleurs, que des locaux et moi comme seul et unique touriste. Les gens étaient tous sur leurs smartphone tandis que le bateau progressait rapidement sur l’eau sommâtre dans laquelle se mélangeaient les eaux usées, les sédiments, les hydrocarbures et les déchets plastiques divers et variés qui flottaient à la surface. Le plastique est un énorme problème en Asie et les problèmes environnementaux engendrés par son utilisation abusive résulte autant d’un manque d’éducation des Thaïlandais que d’un lobby actif et puissant. À chaque fois que nous croisions une autre embarquation, la vitesse de celle-ci causait des remous dont une odeur pestidentielle se dégageait. Et bien que du moteur de notre embarcation, émmanaient des vapeurs fortes d’échappements, celles-ci ne masquaient en rien cette puanteur, mélange d’oeufs pourrits et de décomposition avancée. Sur les berges, les maisons traditionnelles en piteux état dont certaines s’étaient écroulées, étaient pour la majorité toujours habitées par des personnes âgées trop pauvres et peut être trop attachées pour en déménager. Et malgré les conditions de vie horribles et l’insalubrité des lieux, ces gens avaient le sourire, regardant passer les bateaux sous leurs fenêtres. Le contraste entre ces bidonvilles et les gratte-ciels était saisissant et pourtant ceux-ci n’étaient séparés que de quelques mètres. Je me suis alors interrogé sur le degré d’insensibilité que pouvaient avoir les gens qui fréquentaient ces buildings hôtels de luxe qui jouxtaient ces bidonvilles. Étaient-ils si haut-perchés qu’ils ne pouvaient appercevoir le spectacle de désolation qui se jouait quelques dizaines de mètres plus bas, juste sous les fenêtres de leur suite à plusieurs centaines d’euros la nuit ? Au Royaume de Siam, il n’y a que 3% de chômage dùt à une politique d’immigration stricte et très sélective. Le salaire moyen est d’environ 400€ par mois et par personne. Néanmoins cela reste une moyenne et bien que peu de gens soient sans emploi, les bas salaires frôlent l’esclavage et il est très difficile pour ces basses classes de la société de survivre dans cette ville géante où le coût de la vie est en augmentation constante et où les tentations commerciales sont omniprésentes. Il existe donc de fortes inégalités et à Bangkok, l’insolente démesure du luxe des nouveaux riches est un affront dédaigneux à la pauvreté qu’il côtoie chaque jour.

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