Août
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Khaosan Road Bangkok

J’ai débarqué au Siam un peu au hasard et pour la première fois en 2013. Je n’y avais jamais mis les pieds et avais prévu une escale de 15 jours entre le Srilanka et l’Australie ma supposée destination finale. Je ne m’étais jamais intéressé à ce pays qui m’était complètement inconnu.J’avais entendu parlé de la Thaïlande dans les différents clubs de boxe thaï que j’avais fréquenté et par mes amis  Nico et Meena qui vivaient par intermittence dans le village d’une tribu Aka, perdu dans les montagnes au nord de Chiang Maï. Je ne m’étais pas documenté sur le web, ni n’avais ouvert aucun guide. La seule information que j’avais était la photo de la carte d’un hôtel que Nico m’avait envoyé par mms. Il s’agissait du Nakornping Hotel, un guesthouse situé juste à côté de Khaosan Road. Nico qui connaissait bien le pays car il y résidait la moitié de l’année depuis plus de 10 ans m’avait dit que cet hôtel était le meilleur rapport qualité/prix que j’aurai pu trouver sur ce secteur. Et ce fut le cas. J’avais voyagé en low cost avec la compagnie SriLankan Airlines et atterri à l’aéroport international. Et il faut bien le dire, cet aéroport était l’un des plus accueillants et de loin le plus beau que j’avais pu visiter jusque là. Je le place d’ailleurs en haut de mon classement dont la plus mauvaise note revient à celui de Paris Roissy Charles de Gaulle qui mériterait bien un article (non élogieux) à lui seul. Nico et Meena m’avaient averti que les chauffeurs de taxi de l’aéroport essayeraient d’abuser sur les prix en refusant d’activer leurs compteurs. Le tarif normal pour rejoindre Khaosan Road au départ de l’aéroport est de 200 baths soit 5€. Mon chauffeur m’imposa le tarif de 1000 baths avant même que je ne sois rentré dans son véhicule. J’ai refusé et suis retourné dans la queue. Le second ne tenta absolument pas de m’arnaquer et activa le “meter” (compteur). Mes premières impressions furent un peu brouillons. La fatigue du vol et du décallage horaire pesait lourd. Je piquais du nez dans le taxi bercé par les discours lancinants qui passaient à la radio. Je n’avais jamais entendu cette langue. Tenter d’en saisir quelques mots était peine perdue mais je m’y concentrais. Nous étions sur une autoroute à la hauteur de la cime des buildings grisés de résidus de pollution. On distinguait difficilemt le bleu du ciel pourtant sans nuages. L’ancien se mélangeait au moderne. D’immenses panneaux de publicité qui ventaient des produits occidentaux à la mode asiatique, cachaient entierement les façades des batiments sur lesquels ils étaient accrochés. Les milliers de fenêtres d’appartements qui défilaient étaient toutes hornées de moteurs de climatiseurs. Les voitures de luxe dépassaient les pickups Isuzu chargés de travailleurs entassés et coiffés de chapeaux de tissus. Leurs visages étaient masqués par d’amples cagoules qui ne laissaient entre-apercevoir que leurs yeux fatigués. Quelques kilomètres plus loin, nous sommes sortis de l’autoroute par un péage pour nous plonger dans la ville. J’ai payé la taxe péage pour quelques baths. Le thaï-bath est la monnaie du pays dont le cour oscille depuis quelques années entre 35 et 45 baths pour 1 euro. Des deux roues par centaines slalomaient entre les voitures plus bas dans la rue. Les passagères de ces deux roues étaient assises en amazones. Je n’avais encore jamais vu ça. Il était 6h30 du matin, Bangkok grouillait et bouillonnait déjà. Nous progressions très lentement dans les rues bondées. Des scooters, des voitures, des piétons, des marchands et des restaurants avec leurs stands de rue, il y avait du monde partout. C’était fou et cette atmosphère m’était totalement inconnue. Il y avait des fils électriques partout, des autoroutes de fils électriques. Il y en avait tellement que par endroit, qu’ils occultaient totalement la vue des fenêtres des appartements. Des employés de la compagnie d’électricité tenaient une échelle de bambous, tandis qu’un d’eux progressait suspendu à une ligne à 3 ou 4 mètres du sol. Les règles élémentaires de sécurité autant que le bon sens semblaient être inconnus dans ce coin d’Asie. Toute cette agitation couplée aux embouteillages m’oppressait autant qu’elle me fascinait. Le trajet à travers cette jungle urbaine me semblait interminable. Bangkok est une ville surdimensionnée dont l’agglomération compte près de 16 millions d’habitants.

 

Nakornping guesthouse, luxe et cheap

Le taxi tourna dans une ruelle bordée de fleurs et de plantes verdoyantes. Salon de massage sur la droite, restaurant sur la gauche, nous nous sommes arrêtés devant la cour de l’hôtel. Le Nakornping était en forme de U et comptait uniquement deux étages. Cet hôtel était au calme et sa cour était accueillante. Un drôle d’écureuil me dévisageait du haut d’un arbuste. Le réceptionniste du Nakornping était un ladyboy. Je ne pourrais pas expliquer si c’était sa voix stridente peu naturelle, ses manières forcées, sa moustache de duvet, ses pattes de biker ou sa carrure mais bien que je n’en ai jamais vu avant, je n’ai eu aucun mal à l’identifier comne tel. J’ai été un peu gêné autant qu’amusé quand cette personne a tenté lourdement de me faire des avances “me come in your room after ok ?!”. Bienvenue au pays du sourire ! Je n’avais pas reservé mais il restait de la place. Ma chambre était spacieuse et un peu sombre, ce qui rendait sa fraicheur agréable. La salle de bain était tout aussi grande. Il n’y avait pas de papier toilette. En Thaïlande, on se rince au jet. Il n’y avait pas non plus d’eau chaude car j’avais choisi la formule chambre double sans climatisation, ni sans eau chaude pour moins de 500thb la nuit, soit 13€. En Asie du Sud Est, choisir une chambre avec de l’eau chaude ne sert à rien. Il fait tellement chaud que la douche froide est un vrai bonheur. Nico et Meena m’avaient dit que le Nakorn était “safe”, propre, calme, spacieux, “cheap” et bien situé. C’était le cas. Il était situé à deux pas de Khaosan Road

 

Tous les chemins mènent à Khaosan

Khaosan Road, considérée par certains, comme la mecque asiatique du backpacker, n’a pourtant rien d’extraordinaire. Mais cette simple rue voit déferler chaque jour son flot de milliers de touristes et ce n’est surement pas grâce à la qualité de ses restaurants. Khaosan est en fait un petit quartier constitué principalement de deux rues ; Khaosan Road et Rambouttri Street. Elles sont toutes les deux bordées de bars, de restaurants et d’échoppes vendant toutes sortes d’habits, du costume sur mesure au tshirt style hippy. Sur Khaosan, on est sollicité de toutes parts par les nombreux rabatteurs qui travaillent pour les tailleurs, tatoueurs, bars, taxis, agences de voyages et maisons closes.

 

Tatoueurs et tailleurs de Khaosan

Les prix sur Khaosan sont bien plus élevés qu’ailleurs à Bangkok, mais choisir de s’y faire tailler un costume sur mesure à ses avantages. La qualité est au rendez-vous car les tailleurs birmans proposent divers coupes très modernes et un large choix de tissus. J’ai fait faire chez l’un d’eux, un costume très saillant grandement inspiré par un modèle Armani pour la modique somme de 70€. Quant aux tatoueurs, après en avoir visité un certain nombre, je ne saurai que conseiller la prudence avant d’en choisir un en se basant uniquement sur son prix attractif. En effet, il arrive que les règles élémentaires d’hygiène ne soient pas respectées, par soucis de rentabilité probablement. Certains studios sortent néanmoins du lot et sont réputés pour leurs réalisations autant que leur hygiène.

 

Le Pingpong show c’est pas du tennis de table

Le pingpong show n’est pas une discipline sportive mais mériterait de l’être, du moins pour la performance. Je n’ai jamais cédé aux propositions incistantes d’un rabatteur qui me proposait cette “activité” sur Khaosan. Je dois avouer que bien le spéctacle qui s’y déroulerait m’intrigue, les récits de mes connaissances ayant testé me refroidissent. Le départ se fait depuis Khaosan. Le rabatteur appèle un taxi ou un took took qui vous emmène plus loin dans la ville dans établissement que les non-initiés pourraient qualifier de glauque. Il s’agit souvent de clubs de strip-tease aux devantures équivoques. À l’intérieur, des femmes, souvent d’un certain âge, éjectent des balles de ping pong et des fléchettes qui crèvent des ballons de baudruche, fument des cigarettes ou soufflent sur des bougies. Elles vont même, pour certaines, jusqu’à décapsuler des canettes de bières. Tout celà uniquement grâce à la force de leurs vagins musclés et surentrainés. C’est dans ces lieux qu’a lieu la première arnaque de notre liste. C’est une escroquerie à laquelle on peut être souvent confronté dans les coins touristiques de Thaïlande ; la facturation de consommations non consommées. La technique est simple : les clients boivent des verres, les serveuses les ravitaillent sans même qu’ils aient à le demander. Au moment de payer l’addition, ces clients se voient facturer bien plus de consommations qu’ils n’en ont bu. Et voici que ce gentil personnel si serviable et si sympathique se transforme en racketteurs menaçants et agressifs. Il nous était arrivé la même histoire sur Ramboutree où la serveuse nous avait même posées quelques bouteilles de Chang vides en même temps qu’elle nous servait pour justifier le nombre de bouteilles consommées sur la note. Comme le pingpong show se déroule loin de Khaosan Road, le took took ou le taxi s’impose. Et la course qui était gratuite depuis Khaosan coûte désormais un prix exhorbitant pour le retour. Ceci introduit le chapitre sur les chauffeurs de took took.

 

Bangkok Tuk Tuk drivers

Je me rappelle encore de cette première journée à Bangkok. Après m’être reposé quelques heures dans ma chambre d’hôtel. J’avais décidé d’attaquer l’exploration de ce monde qui m’était totalement inconnu. J’avais à peine fait deux cent mètres qu’un rabatteur m’avait déjà attrapé et emmené dans sa “Tourism Agency”. Je l’avais suivi naïvement, peu rôdé à ce genre de pratique. Dès l’entrée, le rabatteur m’a aiguillé vers un homme assis à un bureau. Celui-ci m’a pris en charge. Il y avait cinq ou six bureaux dans l’agence et devant chacun d’entre des touristes. Je n’avais jusque là pas encore croisé d’occidentaux, à part à l’aéroport. Le conseiller commença à me sortir un baratin digne d’un vendeur du souk de marrakesh croisé à un marchand juif du sentier. Il me proposait un circuit de plusieurs jours dans les îles, dont une nuit dans un guesthouse était tenu par une amie de sa soeur. Selon ses dires et du peu que je comprenais, le voyage était exceptionnel, c’était une super offre et le prix était le moins cher car il ne restait plus qu’une place. Il parlait dans un anglais que je ne comprenais pas totalement et surtout il me saoulait avec son débit. À cette époque, mon anglais était quelque peu rouillé. Disons que je manquais de pratique. Comment lui dire poliment que son offre ne m’interessait pas, ou plus directement que je n’étais pas un pigeon ? C’est un peu la problématique qui se pose à chaque fois que l’on vient de débarquer dans un pays dont la culture nous est totalement inconnue ; comment imposer poliment un refus sans provoquer une mauvaise réaction de la part de son interlocuteur ? Et d’ailleur quelle type de réaction cela aurait-il pu entrainer ? Mon vendeur de tapis était habitué aux refus et encaissa le mien, non pas sans tenter une dernière fois de me faire regretter mon choix. Existait-il dans ce monde des gens assez crédules pour croire à son baratin ? J’avais peine à y croire. Mais le monde n’est-il pas rempli d’imbéciles ? J’étais sur Khaosan, sans savoir que je foulais cette avenue mythique aux yeux des … Aux yeux de qui d’ailleurs ? Quoi qu’il en soit, c’est bien plus tard en échangeant sur les réseaux sociaux et en lisant des articles de pseudo-voyageurs, vous savez ceux qui vous pondent ces articles fades, aseptisés et si vides d’intérêt, du style “pourquoi je voyage …” ou “le voyage ma drogue”, que je me suis rendu compte à quel point ce lieu était mystifié sur la base du rien. Bref, je slalomais entre les rabatteurs quand ce chauffeur de took took m’a interpelé. Il semblait plus cool et sa technique d’approche n’était pas intrusive. C’est surement cela qui m’a poussé à l’écouter. Il m’a proposé de faire un tour des temples de Bangkok pour 100thb soit 2,5€. Je l’ai suivi. Il disait être surnommé Schumacher à cause de sa conduite sportive. Il me fit faire un tour des temples assez rapidement, mais ça valait le coup car cela m’a permis de découvrir mes premiers temples, même si j’étais incapable de savoir lesquels ils étaient et où ils se situaient. Schumacher fonçait dans les ruelles, faisait chauffer la gomme et slalomait dans la circulation dense. Cette balade mellait émerveillement et sensations fortes, non sans inquiétude. Puis il y eu les arrêts dans les magasins. Et là l’euphorie retomba et laissa place à l’énervement. Un puis deux puis trois, mon chauffeur s’arrêtait devant des magasins et me priait d’y entrer juste pour “visiter” comme il disait. Je n’avais aucune obligation d’acheter, mais Schumacher me faisait la promotion des articles présents avant même que nous y arrivions. Une boutique de costumes tenus par des indous enturbanés, une boutique de bibelots hors de prix tenus par des chinois, une agence de voyage loin de toute zone touristique et devant laquelle un balais incessant de took took déposaient des touristes. J’y rentrais, mon chauffeur s’y faisait tamponner une carte et nous repartions. Il m’expliqua que ceci lui permettait d’acheter du carburant et finançait ma visite de la ville. Mais je pense que le système était réellement bien plus complexe que ça. Ça me dépassait mais je m’étais prêté au jeu par politesse. Je dois avouer que j’étais autant inquiet qu’énervé. Je suis resté cool mais ferme et le bien nommé Schumacher n’abusa pas de ma gentillesse. Comme il l’avait promis, nous n’avons pas visité plus de trois échoppes. À ma demande et à mon invitation, il m’envoya dans un petit restaurant de rue uniquement fréquenté par des thaïs où l’on servait toutes sortes de soupes à base de nouilles de riz. Je lui avais demandé de m’envoyer dans un “little authentique restaurant”. À ce moment là, je n’avais aucune idée de ce qu’était la nourriture thaï, ni même de ce qui pourrait être qualifié d’authentique. Comme l’alphabet thaïlandais est totalement différent du nôtre, je ne savais pas quoi commander et encore moins le prix. Schumacher choisi pour moi et je pense qu’il demanda quelque chose de non-épicé. Je découvrais l’environnement en mangeant. Le restaurant était situé dans une sorte de garage étroit et profond. À notre droite, il y avait un couple dont la jeune femme portait ce qui ressemblait à un uniforme composé d’une jupe noir, d’un chemisier blanc ainsi que de petites sockettes blanches dans des souliers vernis noirs. Plus tard, j’ai su que c’était le costume des écolières. Une vieille dame attablée à notre gauche interpella mon invité et lui fit remarquer la dextérité avec laquelle je maniais mes baguettes. À la fin du repas, la cuisinière qui était aussi serveuse et peut être aussi la patronne m’annonça le prix en thaï. Et bien entendu je suis resté dubitatif et j’ai sorti une liasse de billets variés de ma poche. Me voyant hésiter, mon invité me prit uniquement un billet de 100thb pour le tendre à la serveuse qui me rendit 20thb. Je cru rêver quand je compris que le repas pour deux ne m’avait coûté que 2€.

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